Articles

Un site Web pour organiser ses propres funérailles

Caroline Barbier-Mueller (à gauche) et Isabelle de Muralt.
Steeve Iuncker-Gomez

Deux sœurs ont lancé ce service pour éviter les obsèques impersonnelles et soulager les proches.

«Votre femme est-elle au courant? Exprimez vos souhaits avant qu’il ne soit trop tard.» La campagne de publicité lancée cette semaine sur les trams et dans les cinémas genevois par Caroline Barbier-Mueller et Isabelle de Muralt se veut volontairement provocante. Il faut dire que le sujet s’y prête: les deux femmes lancent un site Web pour organiser ses propres funérailles.

«L’idée m’est venue il y a un an, confie Caroline Barbier-Mueller. Je venais d’assister à trois enterrements successifs où l’officiant disait qu’il n’avait pas connu le défunt, a lu les mêmes textes et passé les mêmes musiques. C’était impersonnel, j’ai eu l’impression de ne pas avoir pu dire au revoir à la personne.» Lorsqu’elle fait part de son sentiment à sa demi-sœur, Isabelle de Muralt, celle-ci lui confie qu’elle vient de vivre l’expérience inverse. «J’étais allée à l’ensevelissement d’une très bonne cuisinière. A la fin de la cérémonie, nous avons tous reçu une recette. C’était son souhait, ça lui ressemblait.»

Fortes de ces expériences, les deux sœurs décident de lancer un site Internet pour préparer ses obsèques de son vivant. «Les gens ont souvent envie d’exprimer leurs dernières volontés mais ne savent pas où ni comment le faire. La mort est un sujet encore tabou, c’est difficile de l’aborder en famille. L’idée de la page Web est d’offrir un endroit pour recueillir ces souhaits. Ça permet de personnaliser sa cérémonie et de soulager ses proches.»

Le site lancé par Caroline Barbier-Mueller et Isabelle de Muralt s’intitule Thanatos & Me, en référence au dieu grec de la mort. On y découvre tous les types de cérémonies funéraires existant pour les principales religions présentes en Suisse. Les internautes ont la possibilité de lire une sélection de textes et d’écouter des extraits de musique. Voire de se laisser suggérer des idées insolites, telles que transformer ses cendres en diamant ou en feu d’artifice. Les personnes qui souhaitent aller plus loin dans leur démarche sont invitées à remplir un dossier virtuel. Parmi les questions posées: inhumation ou crémation, cérémonie religieuse ou athée, le lieu des obsèques ou encore le choix de son dernier habit. «Il y a une cinquantaine de questions mais chaque personne répond à ce qu’elle veut», précise Isabelle de Muralt.

Deux types d’abonnement sont proposés aux internautes: un accès illimité d’un mois à leur dossier virtuel puis l’envoi d’une version papier par la poste pour 120 francs, ou un abonnement annuel à 60 francs qui permet de modifier ses réponses à tout moment. «En sondant les gens autour de nous, nous avons remarqué qu’il y avait deux catégories de personnes: celles qui veulent régler ça une fois pour toutes et ne plus jamais y repenser, et celles qui souhaitent pouvoir y revenir régulièrement», note Isabelle de Muralt.

Et finalement lorsqu’on casse sa pipe, qui est chargé de transmettre nos désirs? «La personne doit informer ses proches qu’elle a constitué un dossier chez nous afin qu’ils puissent nous le réclamer au moment du décès.» 

Céline Garcin - Tribune de Genève

À votre service

Annuaire professionnel

S'inscrire