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«J’aime savoir que dans mon cercueil je porterai ma petite robe noire»

Les personnes qui préparent leurs propres obsèques espèrent ainsi décharger leurs proches.
©Corbis

De plus en plus de personnes organisent leurs funérailles de leur vivant. Témoignages.

«J’aime savoir que dans mon cercueil je porterai ma petite robe noire, mes jolies boucles d’oreilles et la bague que mon mari m’a offerte.» Il y a un mois, Sylvia, 54 ans et en parfaite santé, s’est attelée à la préparation de son enterrement. Si l’exercice n’est pas facile, il séduit de plus en plus de Genevois et des personnes toujours plus jeunes, constatent plusieurs notaires et pompes funèbres genevoises.

L’idée trottait dans la tête de Sylvia depuis de nombreuses années déjà. «J’ai assisté aux obsèques de proches et j’ai remarqué que, dans la douleur, on est désemparé. Avec la souffrance, les émotions et la fatigue, les familles ont tendance à se déchirer. Le fait de connaître les volontés de la personne simplifie les choses.»

Des vœux en ligne

Forte de ce constat, cette mère de deux grands enfants a rédigé un ensemble de consignes très claires dans un dossier personnel constitué sur le site Internet Thanatos & Me. «J’en ai parlé à mes proches, ils savent où le trouver le moment venu», confie-t-elle.

Dans un document d’une vingtaine de pages, Sylvia précise le mode de sépulture et le lieu de la cérémonie, mais aussi l’objet qu’elle souhaite emporter avec elle et les vêtements qu’elle veut porter. «L’éternité sera longue, autant bien la préparer», ironise la quinquagénaire.

Décharger ses proches

A entendre les professionnels, les motivations qui poussent les individus à entreprendre cette démarche sont souvent les mêmes: décharger leurs proches au moment du décès et s’assurer que leurs dernières volontés seront respectées. «J’ai à cœur d’être incinéré, confie Jacques, 63 ans, qui a également ouvert un dossier sur le site Thanatos & Me. Pour le reste, j’ai donné quelques indications pour simplifier la tâche de mes enfants et leur dire ce que j’apprécierais. Je garde un souvenir assez cauchemardesque de la préparation des obsèques de mon père.»

Si la possibilité de pouvoir rédiger ses vœux en ligne s’avère récente, les pompes funèbres proposent un service similaire depuis longtemps. Nommé «prévoyance funéraire», il implique un engagement financier important. «Les gens organisent et paient leur enterrement à l’avance, résume Jean Murith, directeur de l’entreprise du même nom. Ça va du choix de la musique à la rédaction de l’avis mortuaire.» Dans les bureaux de l’entreprise au boulevard de la Cluse, un coffre-fort abrite les doubles de quelque 300 dossiers, dont certains datent de plus de trente ans. «Le nombre est en constante progression», souligne le directeur.

Toujours plus de personnes

Le notaire Etienne Jeandin confirme cette tendance. Parmi ses clients, de plus en plus de personnes souhaitent aujourd’hui donner des instructions pour leurs funérailles. «Les solutions et les usages ne sont plus convenus comme auparavant. Dorénavant chacun souhaite accorder ses funérailles avec son parcours de vie et ses convictions personnelles», avance-t-il. Sophie Bedoian, directrice des Pompes funèbres générales, observe «une évolution des mentalités. On parle davantage de la mort qu’avant. Aujourd’hui, les gens savent assez bien ce qu’ils veulent au moment de leur décès. Ce n’est pas toujours le cas des personnes très âgées qui n’ont souvent pas eu l’occasion d’en parler.»

La difficile lettre d’adieu

Cette évolution se traduit dans les faits par l’arrivée de personnes toujours plus jeunes aux pompes funèbres. «Avant, on recevait surtout des gens de 65-70 ans, aujourd’hui on a des personnes de 50 ans, voire moins», note Sophie Bedoian.

Sylvia s’inscrit précisément dans cette nouvelle clientèle. Selon elle, il est plus facile de préparer son enterrement quand on est encore en bonne santé, «complètement dans la vie». «La mort est plus facile à accepter car je ne m’y projette pas dans un avenir proche», explique-t-elle.

Malgré cela, certaines étapes restent difficiles. Pour Sylvia, cela a été la rédaction d’une lettre posthume. «C’est un moment douloureux surtout quand on s’adresse à ses enfants. Chaque mot compte, c’est une lettre d’adieu définitive. Ça nous oblige à faire un bilan de sa vie. On se sent le devoir de consoler ceux qui restent, c’est bizarre, on parle de nous presque à la troisième personne.»

Mais les personnes qui se sont livrées à l’exercice parlent toutes d’«un immense soulagement» au moment du bouclement du dossier. «On vit l’esprit tranquille, on sait qu’on a tout réglé», confie Jacques. Jean Murith confirme: «Les gens sortent souvent apaisés.»

Céline Garcin - Tribune de Genève

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