Tout sur les obsèques

Une législation imprécise

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Hors du cadre traditionnel, tout devient possible en matière d’obsèques. La législation suisse n’est pas très causante dans le domaine. Seules limites aux pratiques individuelles: les règlements des cimetières et le respect de l’ordre public, définis au niveau cantonal et fédéral.

Un corps ne peut, cependant, pas être enterré n’importe où, notamment en raison des risques de pollution des nappes phréatiques. Mais en cas d’incinération, la famille est libre de disposer des cendres du défunt. Ces dernières peuvent être dispersées en forêt, dans le lac Léman ou même ensevelies dans un jardin. Il est aussi possible de passer la frontière avec une urne funéraire pour disperser son contenu à l’étranger. «Sur cette question, la Suisse est un des pays où l’on est le plus libre, précise Edmond Pittet. Dans ce contexte, le danger est de vouloir faire tout et n’importe quoi, sans vraiment en réaliser les conséquences. Nous sommes à l’écoute de désirs de chacun, mais notre rôle est aussi de les conseiller si nécessaire. Car parfois les gens ne réalisent pas que ces actes nous accompagnent pour toujours dans notre souvenir.» Mieux vaut donc éviter la vengeance personnelle en planifiant un enterrement aux allures de règlement de comptes.

«Les demandes sont très hétéroclites, confirme Jean-Pierre Favario. Mais face à la mort, les gens restent assez craintifs. Il est rare que nous recevions des demandes provocatrices ou insolites. Et pour l’image de notre entreprise, nous ne pouvons pas nous permettre de faire n’importe quoi.» Il arrive pourtant que les dernières volontés du défunt posent un problème aux proches. «En apprenant les désirs du disparu, les membres de la famille se regardent parfois d’un drôle d’air, raconte un employé des pompes funèbres. Nous sommes tenus de faire exactement ce que la personne nous a confié. Mais nous allons tenter d’aménager les choses pour que la famille puisse vivre son deuil le plus sereinement possible.» C’est souvent le cas lorsque le défunt n’a pas souhaité de cérémonie: difficile pour certaines familles d’accepter cette décision. On peut alors s’interroger: quel intérêt prime, celui du disparu ou celui des proches qui restent? Pour Edmond Pittet, la réponse est très claire: «Il vaut parfois la peine de transgresser une disposition qui empêche la famille de faire son deuil.» Un avis entièrement partagé par le sociologue Bernard Crettaz: «Le rite est d’abord destiné aux vivants. J’estime qu’il faut désobéir aux ordres qui ne peuvent pas être assumés par les vivants. Mais pour éviter un lourd sentiment de culpabilité, il faut ritualiser cette désobéissance.»

Si la planification de ses propres obsèques peut parfois soulager les familles et court-circuiter d’éventuelles tensions, elle peut aussi avoir de lourdes conséquences pour les proches: «Je me souviens d’une femme qui avait décidé ses funérailles dans les moindres détails, raconte Edmond Pittet. Il n’y avait aucune place pour la famille qui s’est sentie extrêmement démunie. Cette femme avait besoin de tout contrôler, jusqu’à la fin.» Organiser son enterrement peut devenir alors une sorte d’exercice tyrannique pour ceux qui restent, comme le relève Bernard Crettaz: «C’est une manière de leur dire: voyez, vous ne pouvez pas faire n’importe quoi avec moi! Le futur défunt se fait voyeur de ses propres obsèques. Et même mort, il est toujours là, parmi les vivants. Cela risque de faire perdre la fonction fondamentale du rituel qui est de se séparer du défunt.» Et si cette étape est ratée, le deuil ne pourra pas se faire. «Aujourd’hui, notre société a de plus en plus de mal à se séparer de ses morts», conclut le sociologue. Qui voit là une des raisons expliquant pourquoi on vit si mal aujourd’hui.

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